Les Usa veulent promouvoir un nouveau partenariat avec la Rdc

Goma, 12/08/2009 / Politique Hilary_Clinton_et_JOKA

A l’issue des discussions franches et ouvertes qu’elle a eu mardi à Goma avec le Président Joseph Kabila, Hillary Clinton a indiqué que son pays est conscient que la Rdc fait face à de nombreux défis comme le manque d’investissement.

La Secrétaire d'Etat américaine, Hilary Clinton, a déclaré à la presse, au sortir des entretiens d'une heure qu'elle a eus mardi à Goma, au Nord Kivu, au Gouvernorat de province, avec le Président de la République, Joseph Kabila Kabange, que les Etats unis veulent voir se développer une nouvelle ère de partenariat avec la République démocratique du Congo.

Mme Clinton, qui a qualifié son entrevue avec le Chef de l'Etat de « franc et ouvert », a fait savoir que les Etats unis sont conscients que la RDC fait face à de nombreux défis à relever, notamment le manque d'investissements, la corruption et les cas des viols des femmes, avant d'ajouter que l'Administration américaine est prête à aider le gouvernement congolais à résoudre tous ces problèmes.

Elle a ajouté qu'elle a proposé au Président Joseph Kabila l'envoi, dans les jours à venir, des experts en finances et en justice pour des suggestions précises, en vue d'aider le peuple congolais à traverser cette étape difficile, à travers l'exploitation d'énormes potentialités dont regorge la RDC. « Nous offrons notre partenariat et notre aide au peuple congolais, pour un avenir meilleur », a t elle insisté.

Mme Clinton a reconnu que la situation sécuritaire en RDC est aujourd'hui de loin meilleure qu'il y'a une ou cinq années. « Mais ce n'est pas encore suffisant », a-t-elle fait remarquer. Elle dit avoir saisi cette occasion pour féliciter le Président Joseph Kabila pour son courage d'avoir « tendu la main au Rwanda et à d'autres pays voisins », ce qui, a-t-elle dit, est une bonne manière de ramener la paix à l'Est de la RDC.

Elle a par ailleurs affirmé que des pourparlers sont déjà entamés en vue d'aider les FARDC en matière de formation et voir comment améliorer la rémunération des militaires congolais  dans le but d'éviter de l'indiscipline dans leurs rangs. « Nous allons continuer à œuvrer aux côtés du gouvernement de la RDC pour mettre fin aux violences au Nord Kivu, Sud Kivu et dans la Province orientale », a conclu Hilary Clinton.

Auparavant, le ministre des affaires étrangères, Alexis Thambwe Mwamba, a déclaré à la presse que Mme Clinton a exposé au Chef de l'Etat, de manière claire, la façon dont elle appréhende le développement du partenariat entre Kinshasa et Washington, ajoutant que la Secrétaire d'Etat américaine a exprimé sa crainte en ce qui concerne notamment les cas des violences sexuelles faites aux femmes, les questions de la bonne gouvernance, et celles se rapportant à faire bénéficier à la population congolaise les bénéfices des immenses ressources naturelles de la RDC.

Hillary Clinton à Radio Okapi : « Il est important de construire un marché libre, de lutter contre la corruption, de demander plus de transparence »

La secrétaire d’Etat américaine a accordé une interview exclusive à radiookapi.net demandant au gouvernement congolais de s’assurer qu’aucun militaire de la RDC n’est impliqué dans les violences sexuelles. Et de punir toute personne mêlée à ce genre de violences. - Interview.

Radiookapi.net : Comment, d’après vous, le problème des violences sexuelles peut être résolu ici dans la perspective de la situation militaire en cours qui fait croire à certaines ONG que la situation est en train d’empirer?

Hillary Clinton : Il ne fait aucun doute que le conflit en cours empire le problème. Malheureusement, nous assistons vers la fin du 20ème siècle à une tendance horrible d’utiliser les violences sexuelles comme une arme de guerre pour intimider et démoraliser les populations et les forcer à fuir leurs maisons. Je pense que ceci exige des efforts concertés de la part du gouvernement congolais et des autres gouvernements de la région qui s’intéressent à la situation en RDC.

Les ONG et la Société civile devront également être associées à ces efforts visant à empêcher les militaires congolais de se livrer aux violences sexuelles. Ensuite, il faudra décourager toute impunité, quelle que soit la forme.

Il faudra également couper toute source de financement des milices et résoudre les tensions politiques sous-jacentes à l’Est. A l’instar de plusieurs autres pays, il faudra avoir un arsenal juridique vigoureux contre les violences domestiques, notamment les viols criminels qui se pratiquent à travers les rues de Kinshasa ou dans des villes. Il faudra enfin des poursuites judiciaires sévères en application des lois, car ces actes sont inadmissibles et il n’y a pas d’excuses pour quiconque qui s’y livre ; c’est ce que j’attends voir appliquer.

Qu’est-ce que le gouvernement des Etats-unis peut faire concrètement pour aider à résoudre ce problème?

Eh bien, nous essayons de faire plusieurs choses à la fois. Nous travaillons bien évidemment avec les Nations unies, et nous sommes les plus grands contributeurs de la Force de maintien de la paix à l’Est de la RDC ; d’autre part, il y avait un rapport selon lequel les problèmes qui ont prévalu antérieurement en termes de violences sexuelles parmi les troupes des NU ont été élagués.

Nous sommes en train de travailler avec le gouvernement du président Kabila et les militaires congolais pour les aider à s’imprégner des notions des droits de l’homme et du respect des droits de la femme, et naturellement nous sommes en train de fournir des services de soins de santé à ces femmes, victimes de violences sexuelles.

Et en termes de performance du gouvernement congolais sur les droits de l’homme. Comment évalueriez-vous cela ?

Elle a désespérément besoin d’être améliorée. Le gouvernement congolais, bien sûr, est sorti de plusieurs années de guerre et cela est un facteur très déstabilisant pour les sociétés ; et très souvent les droits de l’homme sont considérés comme un luxe en temps de guerre, mais il n’y a plus d’excuses et on doit attendre davantage du gouvernement congolais, des Etats-Unis, des autres pays ainsi que des Nations unies.

Il faut se tenir prêts à aider le gouvernement à engager des actions pour à la fois promouvoir les droits de l’homme et punir les violateurs des droits de l’homme et des droits des femmes. Mais il doit y avoir davantage d’actions et un engagement beaucoup plus grand de la part du gouvernement congolais.

Lorsque les gens regardent ce pays, ils voient le développement chinois, ils voient les routes en train de se construire ainsi que des hôpitaux en construction. En termes pratiques et concrets, qu’est-ce que les Etats-Unis peuvent faire ici qui puisse être reconnu par les gens comme étant leur contribution ?

Eh bien, c’est intéressant parce que je suis au courant de l’engagement pris par la Chine et je pense que la construction de routes est un objectif de développement très important pour ce pays. Mais la bonne gouvernance l’est aussi, tout comme la protection des droits de l’homme, ou l’édification d’un système judiciaire indépendant, une presse libre, des institutions démocratiques qui tiennent longtemps. Il est important de construire un marché libre, de lutter contre la corruption, de demander plus de transparence ; et les Etats-unis travaillent pour atteindre ces objectifs-là.

Je suis consciente que parfois les gens voient la route plus qu’ils ne peuvent voir la protection des droits de l’homme, mais vous pouvez être un pays doté de routes, qui prive toujours sa population des droits de l’homme, qui n’a toujours pas de développement économique, de sorte qu’il n’y a ni biens ni services qui circulent sur ces routes et qui aident effectivement les populations.

Ainsi, je pense que cela doit être un effort global. Je crois qu’avec notre aide en matière de santé et d’éducation, les Etats-Unis sont en train de jouer un rôle très important, et nous devons déterminer ce que nous pouvons faire d’autre.

(TN/Ern./GW/Yes)

Jeannot Lusenge