kakudji


 

 

Le sénateur PPRD Gaétan Kakudji, 66 ans, est décédé mardi 21 juillet aux cliniques St-Luc de Bruxelles, suite à une longue maladie. Selon des sources, l’homme souffrait de «complications rénales». «Il était venu se faire soigner en Belgique du fait qu’il n’y a pas d’équipements fiables de dialyse au Congo», précise-t-on.

Né le 3 octobre 1942 à Ankoro dans le pays luba du Katanga, «Gaétan» bénéficie en 1962 d’une bourse d’étude du gouvernement de l’Etat sécessionniste du Katanga. Destination : la Belgique. Après diverses formations, l’homme trouve un emploi dans les mines. Les fameux charbonnages. Plus tard, il est embauché en qualité d’employé au CNCD (Centre national de coopération au développement).

Au début des années 80, Kakudji devient le représentant pour l’Europe du PRP (Parti de la révolution populaire) de Laurent-Désiré Kabila. Le 1er mai 1990, au nom du PRP, il est l’un des signataires d’une «Déclaration conjointe des partis politiques et organisations de l’opposition zaïroise» pour réclamer la tenue d’une Conférence nationale souveraine. La déclaration est faite depuis la capitale belge.

Parallèlement aux activités politiques, Kakudji milite également dans le monde associatif particulièrement au sein de la Cokatom (Communauté katangaise d’outre-mer). Il assume la présidence de cette organisation au moment du déclenchement de la guerre dite des «Banyamulenge» dans les provinces du Kivu. Le 18 octobre 1996, l’AFDL (Alliance des Forces démocratiques pour la libération du Congo) voit le jour. Laurent-Désiré Kabila en devient le porte-parole avant d’assumer la présidence. Gaétan, lui, est promu commissaire aux Affaires étrangères (Europe-Asie).

Après la «libération» du 17 mai 1997, il est nommé gouverneur de la province du Katanga avant de devenir, en janvier 1998, le tout-puissant ministre d’Etat chargé des Affaires intérieures et de la sécurité. A ce titre, l’ancien «Belgicain» devient le véritable numéro 2 du régime tout en étant le numéro 3 dans la hiérarchie de l’AFDL après LD Kabila et Déogracia Bugéra. «On ne sait pas très bien s’il est le neveu ou le cousin de Kabila, écrivait Sennen Andramirado dans l’édition de Jeune Afrique datée 28 mai 1997. Kakudji (…) est l’idéologue du PRP, le parti de Kabila. C’est lui qui a rédigé le programme économique de l’AFDL qu’il a présenté le 31 janvier 1997.»

Lors du décès mystérieux de LD Kabila le 16 janvier 2001, «Gaétan» était encore le numéro 2 du gouvernement. Ce jour, il décrète un couvre-feu sur toute l’étendue de la capitale. «L’instauration du couvre-feu à Kinshasa a été ordonnée par le président Laurent-Désiré Kabila», dira-t-il à la presse. Des observateurs parlent de «mensonge d’Etat». Le 26 janvier, Joseph Kabila est investi président de la République. Suite à un remaniement intervenu au mois d’avril, plusieurs «kabilistes historiques» quittent le gouvernement. C’est le cas de Gaétan.

De 2003 à 2006, on le retrouve comme 3ème vice-président du Sénat de la transition. Après les élections générales de 2006, il est coopté sénateur pour le district de Tanganyika en janvier 2007.

Plusieurs ressortissants du Katanga joints au téléphone par la rédaction de Congoindependant.com ne cachaient pas une étrange froideur en apprenant la nouvelle de la disparition du sénateur Kakudji. «Gaétan s’était éloigné de tous ceux qui l’avaient connu à Bruxelles», commente un ancien sympathisant de la Cokatom. Un autre lui reproche d’avoir «érigé des barrières» entre LD Kabila et tous ceux qui voulaient approcher celui-ci. Cruel, un ancien membre de la Cokatom d’asséner : «On ne parle pas de mal des morts. Je ne peux m’empêcher cependant de faire remarquer que Gaétan affichait une arrogance de mauvais aloi. Une arrogance indigne d’un homme d’Etat. L’Histoire l’a placé à un endroit où il ne devait pas se trouver. C’est ainsi qu’il n’inspirait plus le moindre respect.» Et de conclure : «La preuve est que personne de la communauté katangaise ne s’est empressé d’aller lui rendre visite durant son hospitalisation. En tous cas, il ne s’est pas bien comporté dès qu’il a gravi les marches du pouvoir.»

Il n’empêche : c’est une des personnalités de premier plan du régime de Laurent-Désiré Kabila qui disparaît en emportant sa part de vérité non seulement sur les événements qui secouent la RD Congo depuis la "libération" du 17 mai 1997 mais aussi la mort brutale de LD Kabila 16 janvier 2001 et la désignation du général-major Joseph Kabila pour assurer la succession...

B.A.W
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