Kinshasa, 29/12/2008 / Politique

La Suède, les Pays-Bas et la Norvège ont suspendu leur aide au Rwanda pour son soutien à la rébellion armée de Laurent Nkunda. Les Etats-Unis ne se sont pas encore prononcés clairement sur le rapport des experts de l’Onu quant au soutien que le Rwanda apporte au CNDP. Mais par contre, un « Plan américain de fin de guerre au Kivu » est fin prêt. Il est sur la table de Barack Obama, le président élu des Etats-Unis qui prendra officiellement ses fonctions dans 22 jours.

Herman Cohen, ancien sous-secrétaire d’Etat américain aux Affaires africaines (1989-1993) en est le grand inspirateur.

La guerre au Kivu n’est pas politique, mais bel et bien économique. Chaque jour qui passe confirme cette thèse comme le démontre clairement le dernier rapport des experts de l’Onu. C’est ainsi que dans ses analyses sans complaisance, Le Potentiel soulignait que le «  contrôle des mines par le pouvoir central mettrait fin à cette guerre économique ».

Presque dans les mêmes circonstances de temps, Louis Michel, Commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire, en mission de bons offices dans la région des Grands Lacs, s’est attardé sur la « dimension économique » de cette guerre. Il invitait toutes les parties qui se sont impliquées dans la recherche d’une solution durable à la guerre qui sévit en RDC, à s’appesantir sérieusement sur cette « dimension économique ».

Herman Cohen, ancien sous-secrétaire d’Etat américain aux Affaires africaines revient sur cet aspect du problème avec un   « plan » à la main. « Le principal responsable de la violence est l’insurrection des Tutsis congolais, dont le chef est Laurent Nkunda, un ex-général de l’armée congolaise qui affirme se battre pour protéger sa communauté. Mais ses opérations militaires visent principalement à empêcher l’armée de Kinshasa de rétablir son autorité sur les provinces de l’Est. Ses troupes sont armées et financées par le gouvernement du Rwanda.

Celui-ci ne renonce pas à des ressources qui représentent une bonne partie de son produit national brut, mais que le gouvernement congolais est en droit de revendiquer pour en faire profiter son peuple. Cette dimension économique du conflit doit être prise en compte », souligne Herman Cohen dans un article signé de sa main et publié dans le journal américain, The New York Times.

Cette personnalité politique américaine va plus loin et demande à Barack Obama, une fois investi, «qu’il  devrait nommer un négociateur spécial chargé de proposer un projet de marché commun incluant la RDC, le Rwanda, le Burundi, le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda. Cet accord autoriserait la libre circulation des personnes et des biens et garantirait aux entreprises rwandaises l’accès aux ressources minières et aux forêts congolaises. Les produits fabriqués continueraient d’être exportés via le Rwanda.

Le grand changement serait le paiement des droits et des taxes au gouvernement congolais. Pour les entreprises rwandaises, ces prélèvements seraient compensés par des revenus accrus ». Selon Herman Cohen, ce marché commun permettra à la RDC d’utiliser « les ports de l’océan Indien qui sont le débouché naturel des produits du Congo oriental, plutôt que ceux de l’océan Atlantique, à plus de 1600 km de là ».

Piège

Avant de revenir sur ce « plan », force est de s’attarder sur les propos de John Carré, ce célèbre romancier de renommée internationale. Il évoquait déjà dans son roman « Le chant de la mission », le vingtième publié en France en septembre 2007, la dimension économique de cette guerre du Kivu. Il s’attarde, en ces termes, sur toutes ces réunions internationales sur la RDC : « Rien que des théoriciens avant-gardistes, des néo-conservateurs en vue, des sommités de la géopolitique. Le genre de types qui se réunissent dans des stations de ski pour décider du destin des nations.

Ce n’est pas la première fois qu’ils se penchent sur le Congo oriental, et qu’est-ce qu’ils y voient ? L’anarchie comme résultat probable des prochaines élections, les Chinois qui grattent à la porte pour rafler toutes les matières premières. Alors que faire ? Les Congolais n’aiment pas les Américains, et c’est réciproque. De leur côté, les Rwandais méprisent les Congolais, ils sont disciplinés et surtout efficaces.

Alors le plan des Américains, c’est de consolider la présence économique et commerciale du Rwanda au Congo oriental jusqu’à le rendre incontournable. Ce qu’ils veulent, concrètement, c’est une annexion en douceur, et ils comptent sur un coup de main de la CIA ». Propos prophétiques. La guerre du Kivu illustre tous ces propos et Herman Cohen reconnaît que depuis 1996 les «provinces du Kivu sont économiquement intégrées au Rwanda ».

Effectivement, ce « plan » de Herman Cohen fait la part belle du Rwanda et vise à le rendre incontournable et son économie forte. Pire, il aura pour conséquence l’affaiblissement de l’économie congolaise en réduisant fortement les exportations vers l’ouest, c’est-à-dire le port de Matadi et bientôt de Banana pour renforcer la valeur marchande des pays anglophones de l’Est, notamment le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie et bien sûr le Rwanda qui se verra ainsi désenclavé.

Ce « plan » vise également à réduire l’influence géostratégique de la RDC au niveau de l’Afrique centrale, un coup dur pour la CEEAC. Mais combat par le fait même l’existence de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, CIRGL. En effet, si jamais ce « marché commun verrait le jour », il enlèverait toute la substance à cette conférence internationale qui a été créée pour que la RDC joue le rôle de la plaque tournante tant en Afrique centrale, des Grands Lacs qu’en Afrique australe.

C’est justement cette influence que l’on est en train de casser subtilement et malicieusement. Partant de cela, la CEPGL aura du mal à repartir du bon pied. Tel est l’objet poursuivi par ces opérations militaires visant à déstabiliser la RDC, à l’affaiblir davantage économiquement. Un complot international pour balkaniser la RDC se confirme chaque jour davantage.

Le « cabinet Clinton »

Ce « plan » risque d’être géré par les anciens collaborateurs de Bill Clinton, mais qui font désormais partie de l’équipe de Barack Obama. Le président élu qui a promis de concentrer ses efforts au plan interne en vue de l’amélioration des conditions de vie de ses concitoyens, pourrait accorder une oreille distraite à la politique africaine, et particulièrement à ce qui se passe en République démocratique du Congo.

Aussi, le lobby américain, facilement identifiable et qui a ses intérêts dans cette partie de la RDC et de l’Afrique, pèsera de tout son poids pour obtenir « l’annexion en douceur » du Congo oriental au Rwanda. Et pourtant, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs qui a intégré la relance de la CPEGL a pris en compte la « dimension économique » des conflits armés dans la région des Grands Lacs.

Ce « plan américain » doit interpeller la classe dirigeante et l’élite congolaise. Comme pour dire que la menace de la balkanisation de la République démocratique du Congo est toujours à l’ordre du jour.

(SL/Milor/GW/Yes)

Le Potentiel



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