Point chaud : Pourquoi l’Amérique a choisi Obama ?

Kinshasa, 06/11/2008 / Politique

C’est la question que tout le monde se pose en ce moment. Pourquoi lui ? Et pourquoi en ce moment précis où on assiste dans le monde à l’émergence des puissances qui veulent parler d’égal à égal avec l’Amérique ? La guerre froide est derrière nous. Mais la paix dans laquelle nous vivons est une paix chaude. Ici et là, le monde est en proie à des crises de tous ordres. Dans nos pays d’Afrique, des marginaux masqués, soutenus par des puissances de ce monde, entretiennent une terreur qui met en danger l’existence même de nos Etats. C’est dans ce climat de paix des dupes et de paix sans pain que Obama arrive aux affaires. Pour redorer l’image d’une Amérique qui tient à demeurer la locomotive du monde.

En attendant, tout le monde note qu’à tous points de vue, l’élection du sénateur Obama à la présidence des Etats-Unis a tout d’un tsunami. Elle ressemble à un rêve auquel beaucoup d’entre nous ne prêtaient pas foi. Farce que de bonne foi nous considérions que ce rêve là était prématuré. L’Amérique n’a pas voulu entendre de cette oreille. Toujours réaliste et pragmatique, l’Amérique vient de réaliser son rêve. Celui de se réconcilier avec elle-même et avec son histoire.

Une Amérique qui allie la puissance à l’art de surprendre, même ses meilleurs alliés. A part les prophètes, aucun laboratoire scientifique n’avait prévu qu’en 2008 l’Amérique se donnerait un président noir. Pour tous les bons pensants, c’est quelque chose qui devait arriver un jour, mais pas aujourd’hui. C’est pourquoi, il est permis de penser que Barack Obama appartient à cette race des gens au destin exceptionnel. Le genre de destin précisément qui échappe à toutes les projections mathématiques.

C’est des gens que  Dieu fabrique à compte goutte. Au point où personne ne les voit venir lorsqu’ils commencent leur mission. Tout ça fait partie des mystères de la vie. Ceci dit, comment, et c’est la question que beaucoup des gens se posent ici, l’Amérique a pu élire un Noir dans un pays à majorité blanche? Une des réponses est la suivante: depuis longtemps déjà, en Amérique, la race n’est plus généralement qu’un simple discours. Elle n’est plus une frontière. Sauf naturellement, pour ceux qui peinent à ouvrir leurs yeux pour bien voir.

Ensuite, lorsque dans les années 60, Robert Kennedy, entre autres, prédisait que dans quarante ans, l’Amérique aura un président noir, les trois quarts de ceux qui viennent de voter pour Obama n’étaient pas encore nés. Ils n’ont donc pas vécu dans leur chair cette Amérique qui était alors divisée en noirs d’un côté et en blancs de l’autre. Il ne connaissent que cette Amérique, à laquelle ils s’identifient et dans laquelle ils se reconnaissent en Obama, qui se débat, dans ses contradiction pour demeurer la nation leader du monde.

Entre la race et la sauvegarde de la puissance de l’Amérique, ils ont préféré la deuxième option. Et ils ont raison. Et voilà pourquoi fondamentalement l’Amérique a choisi Obama. Elle veut rester la nation pilote du monde. En se dotant d’un président capable de faire l’affaire. Et ce président c’est Obama, américain, mais qui est aussi une partie de nous-mêmes.

Comme quoi, et c’est tout à l’honneur de l’Amérique, l’injustice se corrige là où elle a été commise, et toujours par ceux qui l’ont commise. C’est la loi de l’histoire. C’est tout aussi à l’honneur de l’Amérique d’avoir décodé ce principe dont le respect permet aux forts de la demeurer longtemps sans risque majeur pour eux de rejoindre, diminués, les rangs des faibles.

(TH/PKF)

Mankenda Voka/l’Observateur